Juillet 2026
Fig.1

Piano-viole, Lichtenthal, Bruxelles, vers 1835, inv. D2014.001.002
Fig.2

Archets de cuir, piano-viole, inv. D2014.001.002
Fig.3

Geigenwerk, Fray Raymundo Truchado, 1625, Inv. 2485
Fig.4

Piano-viole restauré, Lichtenthal, Bruxelles, vers 1835, inv. D2014.001.002
Fig.5

Pédale actionnant les archets, piano-viole, inv. D2014.001.002
Fig.6

Mécanisme du clavier, piano-viole, inv. D2014.001.002
Du rêve de Léonard de Vinci au prototype de Herman Lichtenthal
L’invention du piano-viole (fig. 1) est attribuée à Leonardo da Vinci, qui laisse trois esquisses d’une « viola organista » dans ses carnets datés de 1493-1495. Dans les siècles qui suivent, plusieurs facteurs tentent de construire l’instrument qui, contrairement au clavecin ou au piano dont il emprunte la forme, est doté de cordes frottées (fig. 2). Peu d’entre eux réussissent et seuls quelques rares exemplaires sont conservés dans le monde, le plus ancien connu, construit en 1625 par le moine espagnol Raymundo Truchado, étant préservé et exposé au MIM dans la salle « Musique savante occidentale » (fig. 3).
Au début des années 1830, l’un des plus talentueux facteurs bruxellois de pianos, Herman Lichtenthal (Silésie/Pologne ?, 1795 – Saint-Pétersbourg, 1853), se lance à son tour dans l’aventure. Il présente un prototype lors de la Première exposition nationale du Royaume de Belgique, qui se tient à Bruxelles en 1835. Les visiteurs s’extasient, la presse est élogieuse et Lichtenthal remporte une médaille d’or, soit la plus haute récompense décernée. Le roi Léopold Ier, en visite à l’Exposition, est lui aussi conquis et en fait derechef l’acquisition. L’instrument fonctionne quelque temps, puis la mécanique s’enraye. Or, Lichtenthal a depuis quitté la Belgique pour s’installer à Saint-Pétersbourg… Faute de pouvoir encore être utilisé, le piano-viole est alors relégué dans les greniers du Palais.
La redécouverte et la renaissance du piano-viole
Quelque 150 années plus tard, le MIM est contacté par la responsable des collections royales, qui a mis au jour plusieurs instruments lui paraissant intéressants. Parmi eux, le piano-viole ! Mis en dépôt au MIM, il fait alors, durant près de deux années, l’objet d’une patiente et délicate restauration. Un grand nombre d’éléments de la mécanique sont en effet manquants ou ont été détruits par les ans, tandis que les brevets d’invention déposés par Lichtenthal demeurent introuvables. Une copie de l’un d’eux est néanmoins retrouvée dans une bibliothèque new-yorkaise. Sur cette base, aidé par l’école de facture des instruments de musique attachée à l’Université de Gand (Hogeschool Gent), la faculté des ingénieurs de l’UCL, la maison Delvaux et différents facteurs d’instruments, Pierre Gevaert, restaurateur des instruments à clavier du MIM, redonne vie au piano-viole (fig. 4, 5 et 6), permettant ainsi aux mélomanes de jouir aujourd’hui de sa sonorité hybride, à mi-chemin entre l’orgue et la viole de gambe (vidéos).
Texte : Pascale Vandervellen