Octobre 2026
Fig.1

François et Françoise Boulanger-Bouhière avec une partie de la collection dans leur salon, Bruxelles, 2021
Fig.2

Libungu, RDC, facteur de culture inconnue, s.d., inv.D2021.002.130
Fig.3

Sanza, Nigéria, facteur Igbo inconnu, s.d., inv.D2021.002.271
Fig.4

Mbira matepe, région du Bas-Zambèze, facteur Shona inconnu, s.d., inv.D2021.002.005
Fig.5

Kankobele, RDC, facteur Tabwa inconnu, s.d., inv.D2021.002.033
Fig.6

Likembe, RDC, Facteur de culture inconnue, s.d., inv.D2021.002.113
Fig.7

Tsimbi, Région maritime du Bas-Congo, s.d., inv.D2021.002.009
Fig.8

Kinsaanji mucapata, facteur Tchokwe inconnu, s.d., inv.2021.002.299
Une collection unique au cœur des traditions musicales africaines
La collection Boulanger-Bouhière (fig.1) est riche de quelque 600 sanzas. Elle constitue une référence internationale pour les instruments africains et représente les nombreux types de sanzas originaires de l’Afrique subsaharienne.
Après avoir vécu plusieurs années au Congo à la fin des années 1960, l’ingénieur François Boulanger et son épouse Françoise Bouhière commencent à collectionner des sanzas. Ces petits lamellophones avaient alors pratiquement disparu de la vie quotidienne musicale africaine. Le couple réunit ainsi pendant 50 ans une collection unique, qui témoigne d’une tradition fascinante.
La collection est remarquable par sa diversité, mais également par la qualité de ses instruments. François Boulanger s’est également attaché à documenter sa collection. Chaque instrument était décrit minutieusement dans différentes publications (origine géographique, description organologique, typologie, provenance, etc.) et dans un inventaire en ligne (aujourd’hui disparu). Mais grâce au soutien de la Fondation Roi Baudouin, la moitié de la collection est à présent conservée au Musée des Instruments de Musique de Bruxelles, l’autre partie se trouvant à Paris. Elle offre un panorama sur des traditions musicales d’importance pour le continent africain. Elle est aussi liée à l’histoire commune entre l’Afrique et l’Europe.
Les sanzas africaines
Les sanzas sont des lamellophones (fig.2). L’Afrique subsaharienne est riche de nombreux types de sanzas. Les lamellophones sont originaires de deux régions distinctes : les savanes du Cameroun et la région du Zambèze inférieur. Ils se sont ensuite dispersés sur l’ensemble du continent subsaharien et présentent une grande variété de formes et de tailles. Le commerce des esclaves a également conduit à l’introduction de l’instrument dans plusieurs régions d’Amérique du Sud (Brésil, Haïti, Cuba, Porto Rico, Jamaïque), où leur usage est encore aujourd’hui bien vivant.
Les sanzas sont fabriquées de manière artisanale, entièrement à la main. Le musicien tient l’instrument dans ses deux mains et fait vibrer les lamelles avec ses deux pouces. Chaque lamelle produit un seul son. Les lamelles sont disposées en fonction des gammes utilisées dans la région où l’instrument est utilisé. Les sanzas sont toujours munies d’éléments supplémentaires : pièces de métal, de verre, coquillages, bois, pierres. En vibrant, ces éléments enrichissent le son produit par les lamelles. Ces instruments simples produisent une musique qui peut relaxer, faire danser, appeler la pluie ou parler aux ancêtres.
À partir du XVIIe siècle, les voyageurs européens rencontrent un instrument qui leur est inconnu. Ils le nomment selon les époques « harpe de pouce », « piano à pouce », « piano à main » ou encore « pianino ». David Livingstone mentionne une sanza dans ses écrits, et ce nom devient générique pour l’ensemble des instruments de cette famille. Plus tard, le terme plus scientifique de lamellophone s’impose parmi les chercheurs.
La collection Boulanger-Bouhière comprend de nombreux types de sanzas. Certaines témoignent de l’influence européenne (matériaux de récupération tels que capsules de bouteilles, baleines de parapluie, etc.). En voici quelques exemples.
Type « Raffia », Delta du Niger (fig.3)
Ces lamellophones possèdent des lamelles faites de tiges de raphia ou de bambou, plantes communes de cette région. Des boules de cire sont appliquées sur les lamelles, afin d’accorder l’instrument.
Mbira (fig.4)
Ces lamellophones sont sans doute les plus anciens à présenter des lamelles en métal. Ils proviennent de la région du Zambèze inférieur. Le timbre du mbira est riche en harmoniques et enrichi par des éléments bruiteurs. Le musicien joue de courtes mélodies, qui sont répétées avec de légères variations. Le son du mbira possède une puissance émotionnelle forte, qui plonge le musicien et les spectateurs dans un état de transe. L’instrument devient alors la voix des ancêtres.
Tabwa (fig.5)
Les lamellophones des Tabwa, originaires de l’Est du Congo, possèdent huit lamelles organisées en deux « claviers », ascendants et descendants. Les deux têtes qui ornent le sommet de l’instrument inspirent le musicien. Ces éléments décoratifs ont fait de ces instruments des pièces recherchées par les collectionneurs.
Likembe (fig.6)
Le likembe fait son apparition au Sud du Congo à la fin du XIXe siècle, dans le contexte de la colonisation. Il accompagne à cette époque les longues marches ou les journées de travail. À l’intérieur de la caisse de résonance se trouvent de petits cailloux, des fèves séchées, des morceaux de verre. Lorsque le musicien secoue l’instrument, ces bruiteurs donnent à l’instrument son timbre caractéristique. Aujourd’hui, l’usage du likembe traditionnel a pratiquement disparu, mais une version amplifiée gagne peu à peu en popularité.
Loango (fig.7)
Loango est un petit village situé au nord de Pointe-Noire, au Congo-Brazzaville. Dès le XVIe siècle, le port de Loango est une plaque tournante du commerce d’esclaves. Cette période sombre a influencé la morphologie des lamellophones locaux, qui présentent une forme de bateau.
Kisaniet mucapata (fig.8)
Ces deux instruments du peuple Chokwe, d’Angola, se sont développés au contact du mbira. Ils étaient utilisés pour soutenir les porteurs et éclaireurs lors de longues expéditions, d’Angola jusqu’au Mozambique. Le kisani est souvent orné de beaux motifs géométriques. Le mucapata est devenu rare. Il rappelle l’instrument décrit par Livingstone lors de ses expéditions.
Texte : Saskia Willaert
François Boulanger & Françoise Bouhière sanza’s collection
Bibliographie/webographie
- Blog de Boulanger et Collection de sanzas de François Boulanger sur Pinterest
- Gerhard Kubik, Kalimba-Nsansi-Mbira. Lamellophone in Afrika, Berlin : Museum für Völkerkunde, 1998
- Saskia Willaert, guide inédit de l’exposition Tuned Raindrops, MIM Bruxelles, septembre-décembre 2005
- Françoise Barrier, François Boulanger. Chronicle of a Sanza Collector, Tribal Art Magazine, 2011, p. 120-121
- 'Sanza'. Exposition des lamellophones de la collection F. & F. Boulanger-Bouhière, catalogue d’exposition, Bruneaf, Bruxelles, 8-12 juin 2011
- Sanza: African Thumb Pianos from the Collections of F. & F. Boulanger-Bouhiere, Musée royal de l’Afrique centrale et MIM, catalogue d’exposition, MIM Phoenix, Arizona, 2012