Septembre 2026
Fig.1

Trombone à pistons, D. et P. Lebrun, Bruxelles, 1903-1950, inv. 3880
Fig.2

Piistons, David Hall, Boston, vers 1861, inv.3885
Fig.3

Pistons, Besson, Paris, 1851/1900, inv.3881
Fig.4

Pistons, Louis Bouvet, Paris, vers 1885
Fig.5

Société Centrale des Volontaires décorés de 1830, Bruxelles, MIMICO.V.48, © E. Castelein
Fig.6

Société Centrale des Volontaires décorés de 1830 (détail), Bruxelles, MIMICO.V.48, ©E. Castelein
Fig.7a

Croix de Fer, 1830 (attribuée en 1833), ©Jean Helsen & Fils
Fig.7b

Croix de Fer, 1830 (attribuée en 1833), ©Jean Helsen & Fils
Fig.8

Croix commémorative des volontaires de 1830, © Madelgarius
Un don révélateur d’une histoire familiale
En 1962, Michel Lebrun, descendant du facteur de cuivres Henri Lebrun, fait don au musée d’un trombone à trois pistons de système Shaw (inv. 3880, fig. 1), ainsi que de différents systèmes de pistons (inv. 3881, 3882, 3883, 3884, 3885, 3886, fig. 2, 3 et 4) ayant appartenu à la manufacture familiale. Il accompagne ce don d’une photographie historique rare et quelque peu émouvante (fig. 5). Celle-ci représente les volontaires ayant participé aux combats de septembre 1830, qui aboutiront à la proclamation de l’indépendance de la Belgique. La photographie est prise le 23 septembre 1894, soit 64 ans après les événements. Henri Lebrun, aïeul du donateur, se tient tout à droite, reconnaissable à ses longues moustaches (fig. 6).
Le don de cette photographie revêt un sens tout particulier grâce aux liens qui unissent le musée et la manufacture Lebrun, comme nous allons le voir ci-dessous.
Henri Lebrun est né en 1814. À 19 ans, il commence comme apprenti, puis comme ouvrier, dans la manufacture de Charles-Joseph Sax, père de l’inventeur du saxophone. Il poursuit sa carrière à Paris, mais est de retour à Bruxelles dès 1846. Il fonde alors une fabrique spécialisée dans la production de pistons et de cylindres pour les instruments en cuivre.
Le métier de pistonnier exige des connaissances techniques pointues, tant dans la maîtrise des métaux que dans les techniques de mise en œuvre : martelage, recuisson et brasage. Il conçoit aussi, ou adapte, les systèmes de cylindres et de pistons selon les spécificités de chaque instrument, afin de garantir un jeu fluide et précis. Enfin, il veille à leur parfaite étanchéité, pour empêcher l’air de s’échapper par le mécanisme.
Au 19e siècle, des ateliers réputés, comme la firme Mahillon, confient la fonction de chef pistonnier à des maîtres incontestés de la mécanique. Ces spécialistes sont souvent à l’origine de brevets ou d’améliorations techniques qui révolutionnent la précision et la justesse des instruments. C’est en l’occurrence à Henri Lebrun que la maison Mahillon, fondée par Charles Borromée Mahillon, confiera ce poste important. Son fils, Victor-Charles, lui succédera et sera également le premier conservateur du musée instrumental.
En 1870, la firme Lebrun étend ses activités à la fabrication d’instruments complets. Trois ans plus tard, Henri obtient un brevet pour un procédé de fabrication de corps de pistons.
Mais l’histoire de la société ne s’arrête pas là. Elle sera reprise par son fils, Michel (1836–1903), qui rejoindra lui aussi la manufacture Mahillon, où il occupera le même poste que son père. Il obtient dans ce cadre une médaille d’or lors de l’Exposition universelle de Paris en 1889. À cette époque, la firme C. Mahillon & Co jouit d’une renommée internationale et s’illustre par de nombreuses distinctions lors des expositions universelles.
Au début du 20e siècle, Désiré et Pierre, petits-fils d’Henri Lebrun, reprennent la direction de la manufacture et se spécialisent dans la fabrication de trombones à six ou sept pistons. Ils reçoivent une médaille d’or à l’Exposition universelle de Bruxelles en 1910 pour un trombone à sept pistons du système Eugène Detiège, dont un exemplaire est acquis par le musée en 1925 (inv. 3861).
La maison Lebrun restera en activité jusqu’après la Seconde Guerre mondiale. Le don de 1962 constitue donc, après la fermeture de la firme, un témoignage des liens qui l’unissaient au premier conservateur du musée.
Une photographie qui interroge
Cette photographie complète le don et éclaire un aspect de l’histoire personnelle d’Henri Lebrun. Elle fut prise lors des commémorations des Quatre Journées de Bruxelles, qui mèneront à l’indépendance de la Belgique. Sur l’image, 38 volontaires arborent la tenue révolutionnaire : chemise et pantalon blancs, sarrau bleu, foulard noir et bonnet de police orné d’une cocarde tricolore.
Henri Lebrun, âgé de 80 ans au moment de la photographie, n’en avait que 16 en 1830. Son vêtement arbore deux décorations. D’abord, la Croix de fer (à quatre branches échancrées, fig. 7 a et b), instituée en 1833 pour récompenser les citoyens blessés ou ayant fait preuve d’une bravoure éclatante, ou ayant rendu des services remarquables. Ensuite, la Croix commémorative de 1830 (à quatre branches échancrées en émail blanc, ornée d’une croix de Bourgogne en or, fig. 8), instituée en 1878.
Cependant, nous n’avons pas pu déterminer la participation ou le rôle exact qu’Henri Lebrun a joué pendant la Révolution. En effet, aucune mention de son nom n’apparaît dans les listes officielles des récipiendaires de la Croix de fer ni de la Croix commémorative. Pour autant, cela ne signifie pas qu’il n’a pas joué un rôle actif, malgré son jeune âge.
Quoi qu’il en soit, le don de son arrière-petit-fils a permis d’associer un visage à cet acteur de la Révolution belge : un facteur bruxellois qui a collaboré avec les plus grands maîtres de son temps.
Texte : Anne-Françoise Theys
Bibliographie
- Haine, Malou et Nicolas Meeùs. Dictionnaire des facteurs d’instruments de musique. Liège, 1986
- Larigot, n° VIII, numéro spécial : « Essai de classification alphabétique des facteurs, ouvriers, inventeurs, marchands… belges d’instruments de musique à vent ». Braine-l’Alleud, 1998
- Liste nominative des citoyens décorés de la Croix de fer, publiée d’après le Moniteur, par les soins du Comité de la Société centrale des décorés de la Croix de fer. Bruxelles, 1865
- Pasinomie ou collection complète des lois, décrets, arrêtés et règlemens généraux qui peuvent être invoqués en Belgique. Troisième série. Bruxelles, 1834
- Simon, Victor. Les Combattants de 1830 : ce que la Patrie belge a fait pour eux. Bruxelles, 1930
- Thibouville-Lamy, M. J. Rapport du jury international, Exposition universelle internationale de 1889 à Paris. Paris, 1891
- Waterhouse, William. The New Langwill Index: A Dictionary of Musical Wind-Instrument Makers and Inventors. London, 1993
- « 1830 ». 1830.be. [En ligne]. www.1830.be