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Contrebasse Benoît-Joseph Boussu

Mai 2026

Fig.1

Contrebasse, Benoît-Joseph Boussu

Contrebasse, Benoît-Joseph Boussu, D2014.324

Fig.2

Contrebasse (vue intérieure), Benoît-Joseph Boussu

Contrebasse (vue intérieure), Benoît-Joseph Boussu, D2014.324

Fig.3

Contrebasse (vue intérieure), Benoît-Joseph Boussu

Contrebasse (vue intérieure), Benoît-Joseph Boussu, D2014.324

Une figure longtemps méconnue et son parcours

La figure de Benoît Joseph Boussu est longtemps restée mal connue, en dépit du fait que ses instruments comptent parmi les plus remarquables produits dans les Pays-Bas autrichiens au XVIIIe siècle. Grâce aux recherches récentes de Geerten Verberkmoes, les origines et la carrière de ce luthier atypique sont à présent bien documentées.

Boussu naquit à Fourmies (nord de la France, à quelques kilomètres de l’actuelle frontière belge) en 1703. Sa première activité professionnelle fut celle de notaire. Au milieu du XVIIIe siècle, il entama une carrière de luthier, d’abord à Liège, puis à Bruxelles. Entre 1761 et 1771, il vécut probablement aux Pays-Bas, à Leiden ou à Amsterdam. Il mourut dans sa région natale en 1773.

Les instruments à archet de Boussu se situent dans la tradition des anciens Pays-Bas, dans laquelle le manche et le tasseau supérieur sont taillés d’une seule pièce, dans laquelle les éclisses sont ancrées.

Des sources du XVIIIe siècle montrent que les instruments de Boussu étaient appréciés dans le monde musical bruxellois. On sait, par exemple, que le maître à danser et éditeur Joseph-Claude Rousselet possédait une « basse de Bossu ». La collégiale des Saints-Michel-et-Gudule détenait également un violon, un violoncelle et une contrebasse faits par lui et offerts, parmi d’autres instruments, par le chanoine Vanden Boom.

La contrebasse du MIM et son intérêt muséal

La contrebasse achetée par le Fonds Léon Courtin - Marcelle Bouché, géré par la Fondation Roi Baudouin, et déposée au MIM (fig.1), remonte à la fin de la période d’activité de Boussu à Bruxelles, comme le montre son étiquette, datée de 1760.

L’instrument est dans un état proche de l’original. Néanmoins, le manche a été changé, sans doute au début du XIXe siècle, comme sur la plupart des instruments construits sous l’Ancien Régime qui ont continué à être utilisés après 1800. La volute, par contre, est sûrement originale. Comme sur les autres instruments de Boussu, ses spires profondément creusées décrivent un demi-tour supplémentaire par rapport aux volutes « classiques ».

Les dommages visibles sur la volute de la contrebasse sont caractéristiques d’instruments qui subissaient de fréquents déplacements. Ce phénomène est attesté pour les instruments de la chapelle royale de Bruxelles, qui étaient régulièrement transportés vers diverses églises.

Une modification frappante subie par la contrebasse de Boussu concerne les cordes. À l’origine, il devait y en avoir trois. Dans le courant du XIXe siècle, ce nombre a été porté à quatre, mais le sillet et le cordier n’ont pas été remplacés. Cette transformation explique la présence de cinq trous sur le cordier et de sept rainures sur le sillet, dont le but est évidemment de permettre un meilleur espacement des cordes.

La contrebasse de Boussu a, par ailleurs, subi diverses réparations, en particulier à la table (fig.2&3)

Pour le MIM, la contrebasse de Benoît Joseph Boussu constitue une acquisition de choix, pour différentes raisons. Œuvre d’un luthier ayant réalisé parmi les plus beaux instruments à archet de nos régions au XVIIIe siècle, elle vient compléter la collection de violons et de violoncelles de cet artisan déjà conservés par le musée.

Texte : Anne-Emmanuelle Ceulemans