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Trompette marine Laurentius Tobi

cordophone

Le mim possède onze trompettes marines. Toutes issues de donations ou d'achats de collections privées, elles étaient présentes dans la collection déjà avant 1900. Deux d'entre elles proviennent d'ailleurs de la collection privée de Victor-Charles Mahillon, premier conservateur du musée, et qui semble avoir eu un intérêt particulier pour cet instrument. Aucun autre objet de ce type n'a plus été acquis depuis. Parmi ces trompettes marines, la plus ancienne datée est celle fabriquée à Namur par F. Houyet (1680), issue de la collection Fétis, collection en partie à l'origine du musée actuel. Une notice spéciale a déjà été consacrée à cet exemplaire en juillet 2015 (http://www.mim.be/fr/trompette-marine?from_i_m=1). C'est vers elle que nous renvoyons le lecteur en ce qui concerne l'histoire, le fonctionnement et les caractéristiques sonores de l'instrument en général.

L'exemplaire présenté ici se trouvait en 1870 dans la collection Van Isterdael-Gigault, « chef de musique » à Mons. Sa hauteur est de 1m86. Fortement évasée dans le bas, la caisse ne possède pas de fond. L'ouverture au centre de la table n'a donc pas de véritable utilité sonore. Sa forme asymétrique est soulignée par un décor de rinceaux et de coquillages peints en doré.

Sur toute la longueur, le centre du manche est décoré d'une bande d'ivoire. Sur le côté, cinq petits triangles de nacre indiquent les points de division de la corde (deux d'entre eux ont disparu). Ce sont les harmoniques 3, 4, 5, 6 et 8. C'est-à-dire, en imaginant que la corde à vide donne un do grave, l'indication des notes sol, do, mi, sol et do. Tout en haut, la cheville d'attache est dotée d'une roue dentée à rochet, autrement dit une roue dentée qu'un taquet empêche de tourner à contre-sens.

Au bas de l'instrument, le chevalet repose sur une plaque en os, de forme orientalisante. Une cheville latérale permet d'écarter la corde de sa trajectoire rectiligne. En se déplaçant latéralement, la corde fait basculer légèrement le chevalet, ce qui augmente sa trépidation sur la table d'harmonie (voir notice du mois de juillet 2015).

À la base du manche, une plaque décorative de nacre et d'écaille porte la signature de « L TOBI » et la date de 1740. Sur la droite, sur le bois de la table, un autre nom semble avoir été écrit à l'encre, mais seule la lettre « P » est encore lisible.

Laurentius Tobi, né vers 1699 à Middelburg, est mort à Anvers en 1759. Sa descendance comporte une dizaine de trompettistes, dont sept au moins jouent aussi du trombone. Menuisier de formation, trompettiste lui-même, il tient avant sa mort un commerce de chapeaux et de passementerie dans la Kammenstraat d'Anvers. Un grand nombre d'instruments de musique sont présents dans sa maison au moment de son décès. Une trompette marine est notamment mentionnée. Il s'agit de l'exemplaire présenté ici. Comme menuisier, Tobi a peut-être aussi fabriqué des instruments à vent en bois (un tour à bois se trouvait dans sa maison à sa mort). Il est en tout cas l'auteur de notre instrument. Qu'en fait-il ? L'instrument est assez populaire à l'époque. Dans son « Traité sur la trompette marine » (1742), Jean-Baptiste Prin évoque sa sonorité agréable, qui s'entend de loin, et donc idéale pour un jeu en plein air, les aubades ou musiques de rue. Il évoque également sa présence sur des bateaux, jouée par des mariniers ou même des marins (même si l'expression trompette « marine » serait plutôt une déformation de « mariana », trompette de Marie, la Vierge, ceci en raison de son usage aussi dans les couvents de religieuses). Le son porte au loin, faisant un agréable effet depuis la rive, toujours selon Prin.

On sait de Laurentius Tobi qu'il est chargé en 1752 d'organiser la musique de la cavalcade de Hoogstraeten, à l'occasion du centenaire de la procession du Saint-Sacrement. Il joue également à Edegem pour la réception solennelle du nouvel évêque d'Anvers, peut-être accompagné par son fils Lorentius Jacobus, également trompettiste.

Bibliographie.

SPIESSENS, G., « Laurentius Tobi (Middelburg, ca.1699-Antwerpen, 1759) stamvader van een Antwerpse muzikantenfamilie », in Bulletin des Musées royaux d'Art et d'Histoire, Bruxelles, T.LCCCII, Bruxelles, 2011, pp.227-237.

Media
Images: 
Trompette marine Tobi 1740
Base du manche et signature
Trompette marine Laurentius Tobi
Trompette marine Laurentius Tobi