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Tambour à fente Zande

idiophone frappé

 

Les grands tambours à fente zoomorphes sont un témoin impressionnant du savoir-faire et de l'habileté des populations Zande (et assimilées) du Nord Est de la RDC. Ils étaient (et sont encore parfois) des instruments essentiels et prestigieux dans l'expression du pouvoir des chefs locaux. Leur rôle dans la communauté était considérable. Le tambourinaire diffusait des nouvelles importantes via des messages dont le système codé était connu de tous dans la communauté. Ces codes tambourinés fonctionnaient sur le principe de variation des rythmes et du changement de ton (les deux faces du tambour ont une épaisseur différente, produisant ainsi d'autres notes). Les messages avaient trait à différents sujets importants pour la vie quotidienne des habitants. Ils annonçaient les solennités, la visite de personnages de haut rang ou encore la menace de  certains dangers. Ils jouaient également un rôle dans les ensembles de musique de cour, avec d'autres tambours et doubles-cloches de métal, pour l'accompagnement de la danse. Les tambours à fente étaient des objets de vénération et de respect. Lors des guerre ethniques, puis à l'époque coloniale, lors des expéditions punitives, la prise du tambour à fente était la preuve de la défaite du chef local. Plus tard, ces tambours servirent aussi aux communication de l'administration coloniale, comme l'annonce de l'obligation du payement des impôts.

Ce tambour zande, récemment acquis par le musée, fut construit dans un village des environs de Kisangani, vraisemblablement à l'occasion du passage de Stanley dans la région. L'instrument fut découvert dans le village en 1957 par Pierre Humblet, un architecte en mission pour l'Office des Cités Africaines. L'instrument, avec  une caisse de résonnance cassée, n'était plus en fonction et les anciens du village acceptèrent de le vendre, après quoi il fut transporté chez l'architecte à Léopoldville (Kinshasa). En 1961, après l'indépendance du Congo, le tambour déménagea en Belgique avec la famille et fut intégré au décor intérieur de la maison moderniste de la famille à Uccle, Bruxelles. À l'automne 2020, la famille en fit don au mim.

 

Le tambour à fente (2 mètres de long, 1 mètre de haut) est fait d'un unique et grand bloc de bois. La caisse de résonnance est creusée avec soin par la fente qui se trouve dans la partie supérieure de la caisse, et ce à l'aide de ciseaux toujours plus longs. Les deux bords de la fente ont une épaisseur différente, ce qui  permet de produire deux notes distinctes.

 

Le bois est identifié comme du Milicia excelsa (iroko, exporté comme le « tek africain ») et appartient à la famille des Moraceae (la famille des mûriers ou des figuiers), largement répandue dans les régions tropicales et subtropicales. L'iroko, qui a la réputation d'être « de pierre », grandit jusqu'à 50 mètres de haut. Son bois fort, dense et durable, capable de résister aux termites, est idéal pour la taille des tambours à fente. L'instrument représente un buffle congolais, aussi connu sous le nom de buffle nain ou buffle des forêts (Syncerus caffernanus).