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serpent

aérophone

Le serpent est un instrument à vent à embouchure, muni de trous de jeu. S'il est en bois, le plus souvent recouvert de cuir, il appartient pourtant à la famille des cuivres, car les sons sont produits par la vibration des lèvres dans une embouchure, comme c'est le cas pour la trompette. Sa forme en S ressemblant à un serpent lui a donné son nom. On considère le serpent comme la basse de la famille des cornets à bouquin mais, contrairement à ces derniers, sa perce est plus large, ses parois sont proportionnellement plus fines et il ne possède pas de trou de pouce. L'embouchure, souvent en ivoire ou en corne, se situe à l'extrémité d'un bocal en métal. Le serpent possède six trous qui lui permettent de jouer tous les degrés chromatiques de son registre.

Les origines du serpent sont troubles, bien qu'une source du XVIIIe siècle attribue l'invention du serpent à Edmé Guillaume, chanoine d'Auxerre, vers 1590 (Abbé Lebœuf,   Mémoire concernant l'histoire ecclésiastique et civile d'Auxerre, Paris, 1743). La fiabilité de ce témoignage n'est pas garantie et certains musicologues donnent plutôt au serpent une origine italienne. Quoi qu'il en soit, le serpent semble avoir connu son heure de gloire en France dès le début du XVIIe siècle, à l'église, où il accompagne le plain-chant de sa voix grave. Au XVIIIe siècle, le serpent est aussi utilisé dans la musique militaire où, pour améliorer sa portabilité, sa forme évolue et devient plus compacte. Des variantes régionales existent également quant à son design, et des versions droites font leur apparition, donnant au serpent l'aspect d'un basson, d'où l'appellation de basson russe. Bientôt, l'adaptation de clefs permettant d'atteindre des trous trop éloignés pour les doigts entament l'évolution de l'instrument vers l'ophicléide.

Répandu dans toute la France, le serpent s'est également fait entendre dans les régions de l'actuelle Belgique, mais aussi en Allemagne et, surtout, en Angleterre. Dans ce dernier pays, on le retrouve très souvent associé à la musique de théâtre, en plus de ses fonctions liturgiques et militaires. Au cours du XIXe siècle, le serpent fait encore parler de lui, mais souvent en termes peu flatteurs. Hector Berlioz, qui pourtant l'utilise dans son orchestre, le démolit dans une de ces critiques dont il a le secret : « Son timbre essentiellement barbare eût convenu beaucoup mieux aux cérémonies du culte sanglant des druides qu'à celles de la religion catholique où il figure toujours, monument monstrueux de l'inintelligence et de la grossièreté du goût qui, depuis un temps immémorial, dirigent dans nos temples l'application de l'art musical au service divin ». Et Berlioz ajoute : « Il faut excepter seulement le cas où l'on emploie le serpent, dans les messes des morts, à doubler le terrible plain-chant du Dies irae. Son froid et abominable hurlement convient sans doute alors » (H. Berlioz, Grand Traité d'instrumentation et d'orchestration modernes, Paris, Schonenberger, 1843). Il semble évident qu'à cette époque le niveau de jeu du serpent a fortement abaissé, tandis que l'ophicléide puis les instruments graves à pistons l'enverront bientôt aux oubliettes.

Aujourd'hui, le revival du serpent, initié dans les années 1970, porte ses fruits. Le serpent a refait une apparition convaincante au sein d'ensembles ou d'orchestres jouant sur instruments d'époque, et une classe lui est ouverte au Conservatoire national de musique de Paris. Des musiciens peuvent désormais faire réentendre sa voix, à nulle autre pareille, tantôt douce et suave, tantôt fière et âpre. Michel Godard, pour ne citer que lui, l'utilise avec succès dans le jazz et l'improvisation, preuve que cet instrument difficile recèle de multiples facettes ne demandant qu'à être exploitées. Et quelques facteurs produisent des serpents de grande qualité, fabriqués de manière traditionnelle, voire dans des matériaux plus modernes comme la fibre de carbone.

Parmi les serpents conservés au mim, un exemplaire typique est dû à C. Baudouin (inv. 2447), facteur actif à Paris au début du XIXe siècle ; Baudouin est l'un des rares noms que l'on trouve sur les serpents, la plupart étant anonymes. Ne manquez pas non plus ce serpent à clefs digne d'un musée d'histoire naturelle, dû au facteur allemand établi à Amsterdam, Ludwig Embach (inv. 1227). Enfin, lors d'une visite au mim, on ne peut manquer l'insolite lustre de serpents (inv. 2017) : autour d'un chapeau chinois sont rassemblés dix serpents (12 à l'origine) dont les embouchures étaient jadis remplacées par des bougies. Ce luminaire est un curieux exemple de recyclage, réalisé au sein de l'Harmonie de Puurs, probablement après que les serpents aient été jugés inutilisables dans l'orchestre...

Media
Images: 
serpent Baudouin inv. 2247
Joueur de serpent, dans: Draner, "Types militaires", Paris, 1862-1871
Chantres au lutrin, Henri Brispot dans: "L’Univers illustré", oct 1876
serpent à clés inv.1227, L. Embach, Amsterdam, entre 1820 et 1844
lustre de serpents inv.2017, Puurs, fin du 18e ou début du 19e s.
"Clarisse, méfie-toi ... du serpent!", Paris, Aubert, ca. 1850