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Pardessus

cordophone

Dans le courant du xvie siècle, deux familles d'instruments à archet se développèrent en Europe : les violes de gambe et les violons. Les violes de gambe se reconnaissent à leurs épaules tombantes et à leurs ouïes en forme de C. Elles sont pourvues de six ou sept cordes et garnies des frettes nouées autour du manche dans le but de guider la main du musicien lorsqu'il raccourcit les cordes. La viole de gambe se joue toujours en position assise, l'instrument étant placé sur ou entre les genoux. 

À l'opposé, les violons ont des épaules qui forment un angle droit par rapport au manche et des ouïes en f. Ils sont équipés de quatre cordes et leur manche est dépourvu de frettes. Les membres les plus aigus de la famille se tiennent à l'épaule, ce qui permet aux musiciens d'en jouer debout.

La viole de gambe n'est pas l'ancêtre du violon. Bien au contraire, les deux types instrumentaux évoluèrent côte à côte jusqu'à la fin de l'Ancien Régime. Par rapport à la viole de gambe, la famille du violon subit néanmoins une déconsidération sociale plus ou moins prononcée, surtout en France. L'instrument était certes pratiqué, notamment par les musiciens professionnels employés à la cour de Versailles, mais les amateurs issus des couches plus favorisées de la société considéraient le violon comme indigne et lui préféraient la viole de gambe.

Au xviiie siècle, le violon et son répertoire connurent néanmoins un succès croissant. Cet engouement poussa les luthiers français à construire de petites violes de gambe à cinq cordes appelées « pardessus » ou « quintons ». Leur morphologie et leur timbre était plus proche du violon, mais ces instruments se tenaient toujours sur les genoux. Techniquement, ils étaient moins exigeants que le violon et convenaient particulièrement aux dilettantes. Ils étaient très appréciés des femmes musiciennes.

Le pardessus no d'inv. 1394 est dû à Louis Guersan (c. 1700-1770), un luthier parisien spécialisé dans la facture d'instruments à archet et surtout connu pour ses pardessus de violes. L'instrument porte une étiquette libellée « Ludovicus Guersan propè Comœdiam Gallicam Lutetiæ 1753 » (« Louis Guersan près de la Comédie française de Paris, 1753 »). Ce pardessus provient de la collection privée du premier conservateur du Musée des Instruments de Musique et de son frère, Victor-Charles et Joseph Mahillon.

Anne-Emmanuelle Ceulemans

 

 

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