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obokano

cordophone

L'obokano des Kisii

L'obokano des Kisii est un instrument de grande taille : il mesure plus d'1 m de haut et son envergure dépasse également le mètre (cf. photo 1). Avec le bagana des Amhara d'Ethiopie, il constitue la plus grande des lyres encore utilisées aujourd'hui. En effet, si les lyres géantes ont été utilisées dans le passé (notamment dans la ville mésopotamienne antique d'Ur - actuel Irak - il y a près de 5000 ans), elles ne sont plus désormais utilisées que par ces deux populations.

L'obokano se caractérise par une sonorité très particulière : en effet, ses huit cordes reposent sur un chevalet constitué de roseaux (cf. photo 2) et ajusté de telle sorte que le son produit soit grésillant (cf. extrait sonore). Cette qualité est recherchée par les musiciens et fait partie intégrante de l'identité de l'instrument.

L'instrument est constitué d'une caisse de résonance creusée dans un tronc de l'arbre omotembe ; cependant, de plus en plus souvent, une bassine en métal (plus légère et bien plus facile à trouver) est utilisée. Sur la caisse est tendue une peau de vache, préalablement mouillée, partiellement ou totalement rasée, et dans laquelle ont été « enfilés » les deux montants en bois de l'instrument. Une fois fixée dans le dos de l'instrument grâce à des lanières, la peau sèche en se contractant - ce qui assure la cohésion de l'ensemble. La traverse (en bois), les cordes (en nylon) et le chevalet (en roseaux et cire d'abeille) sont ensuite placés. L'instrument est maintenant prêt.

La musique de l'obokano

L'obokano était traditionnellement joué par les hommes. Les femmes ne pouvaient pas toucher l'instrument, sous peine d'infertilité. Symbole de puissance et de joie, l'instrument était utilisé pour des circonstances festives, contextuelles (mariages, circoncisions, etc.) ou pour du divertissement (après les récoltes, par exemple). Souvent, les chants d'obokano donnaient lieu à des danses. Les chants de louange à des personnes disparues étaient également fréquemment accompagnés de l'obokano (cf. exemple sonore). Enfin, l'obokano était aussi utilisé pour des chants destinés à faire tomber la pluie dans des périodes de sécheresse. Même si de nombreux répertoires (chants de pluie et chants de mariage en particulier) ne sont plus exécutés depuis la christianisation de la région, les chants demeurent dans les mémoires...

L'obokano est une lyre : les sons sont produits en pinçant les cordes avec les doigts. L'instrument est placé couché sur le genou gauche du musicien, qui le « cale » sous son aisselle. La main gauche pince les quatre cordes supérieures, tandis que les quatre autres sont jouées par la main droite.

Si le musicien souhaite danser tout en jouant, il peut passer la tête entre un des montants et les cordes et porter ainsi l'instrument à la manière d'un collier. Le talent musical est une affaire familiale : on considère en général que la capacité à jouer de l'obokano est une bénédiction donnée à un enfant par l'un de ses ancêtres.

Actuellement, l'obokano est aussi utilisé pour des performances éducatives (pour encourager la population à se protéger contre la contamination par le virus du SIDA, par exemple, ou pour inciter les enfants à persévérer dans leurs études). Les musiciens sont aussi parfois engagés par des politiciens pour attirer le public lors de meetings électoraux. L'obokano est donc, en dépit d'un contexte qui a récemment beaucoup changé, bien vivant aujourd'hui...

L'obokano... bientôt sur cd!

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