Print

La collection de sanzas de François et Françoise Boulanger-Bouhière

à gauche : Saskia Willaert,conservatrice des instruments africains au mim.
à droite : Alexandre Girard-Muscagorry, chargé des musiques et cultures non occidentales au Musée de la Musique à Paris.

La collection de sanzas de François et Françoise Boulanger-Bouhière

La collection Boulanger-Bouhière est riche de quelque 600 sanzas. Elle constitue une référence internationale pour les instruments africains, et représente les nombreux types de sanzas originaires de l'Afrique Sub-saharienne.

Après avoir vécu plusieurs années au Congo à la fin des années '60, l'ingénieur François Boulanger et son épouse commencent à collectionner des sanzas, qui avaient alors en partie disparu de la vie quotidienne musicale africaine. Le couple réunit ainsi pendant 50 ans une collection unique, qui témoigne d'une tradition fascinante.

La collection est remarquable par sa diversité, mais également par la qualité de ses instruments. François Boulanger s'est égalementattaché à documenter sa collection. Chaque instrument est décrit minutieusement (origine géographique, description organologique, typologie, provenance etc). Le catalogue initial est remplacé par le site « Sanza Blog ». Celui-ci présente la collection, mais également de nombreux documents iconographiques. Ce site constitue une précieuse source documentaire pour les chercheurs, et a contribué à asseoir la réputation de la collection Boulanger-Bouhière.

La collection offre donc un panorama sur une tradition musicale d'importance pour le continent Africain. Elle est aussi liée à l'histoire commune entre l'Afrique et l'Europe.

Les sanzas Africaines

zigua 1.JPG

Les sanzas sont des lamellophones. Les lamelles sont fixées au corps de l'instrument par une de leurs extrémités. L'extrémité libre peut alors être pressée puis relâchée par le doigt du musicien. L'Afrique sub-saharienne est riche de nombreux types de sanzas. Les lamellophones sont originaires de deux régions distinctes : les savanes du Cameroun, et la région du Zambèze inférieur. Ils se sont ensuite dispersés sur l'ensemble du continent, et présentent une grande variété de formes et de tailles. Le commerce des esclaves a également conduit à l'introduction de l'instrument dans plusieurs régions d'Amérique du Sud (Brésil, Haiti, Cuba, Porto Rico, Jamaïque), où leur usage est encore aujourd'hui bien vivant.

Les sanzas sont fabriqués de manière artisanale, entièrement à la main. Le musicien tient l'instrument dans ses deux mains, et fait vibrer les lamelles avec ses deux pouces. Chaque lamelle produit un seul son. Les lamelles sont disposées en fonction des gammes utilisées dans la région où l'instrument est utilisé. Les sanzas sont toujours munies d'éléments supplémentaires : pièces de métal, de verre, coquillages, bois, pierres. En vibrant, ces éléments enrichissent le son produit par les lamelles. Ces instruments simples produisent une musique qui peut relaxer, faire danser, appeler la pluie ou parler les ancêtres.

Les voyageurs européens rencontrent dès le 17ème siècle un instrument qui leur est inconnu. Ils le  nomment « harpe de pouce », « violon à clous », « piano à pouce », « piano à main » ou encore « pianino ». David Livingstone mentionne une « sanza » dans ses écrits, et ce nom devient générique pour l'ensemble des instruments de cette famille. Plus tard, le terme plus scientifique de lamellophone s'impose parmi les chercheurs.

La collection Boulanger-Bouhière comprend de nombreux types de sanzas. Certaines témoignent de l'influence européenne (matériaux de récupération tels que capsules de bouteilles, baleines de parapluie etc).

En voici quelques exemples :

Type « Raffia », Delta du Niger

cameroun (4).JPG

Ces lamellophones possèdent des lamelles faites de tiges de raffia ou bambou, plantes communes de cette région. Des boules de cires sont appliquées sur les lamelles, afin d'accorder l'instrument.

 

 

Mbira

02 mim 13 (15).JPG

Ces lamellophones sont sans doute les plus anciens à présenter des lamelles en métal. Ils proviennent de la région du Zambèze inférieur. Le timbre du mbira est riche en harmoniques, et enrichi par des éléments bruiteurs. Le musicien joue des courtes mélodies, qui sont répétées avec de légères variations. Le son du mbira possède une puissance émotionnelle forte, qui plonge le musicien et les spectateurs dans un état de transe. L'instrument devient alors la voix des ancêtres.

 

 

Tabwa lamellophone

sanza 01.JPGluba 01.jpg Les lamellophones des Tabwa, originaires de l'Est du Congo, possèdent huit lamelles organisées en deux « claviers « , ascendants et descendants. Les deux têtes qui ornent le sommet de l'instrument inspirent le musicien. Ces éléments décoratifs ont fait de ces instruments des pièces recherchées par les collectionneurs.

 

Likembe

IMG_3865.JPGIMG_3869.JPG

Le likembe fait son apparition au Sud du Congo à la fin du 19ème siècle, dans le contexte de la colonisation. Il accompagne à cette époque les longues marches, ou les journées de travail. A l'intérieur de la caisse de résonance se trouvent des petits cailloux, des fèves séchées, des morceaux de verre. Lorsque le musicien secoue l'instrument, ces bruiteurs donnent à l'instrument son timbre caractéristique. Aujourd'hui, l'usage du likembe traditionnel a pratiquement disparu, mais une version amplifiée gagne peu à peu en popularité.

 

Loango type

bas-congo (2).JPG

Loango est un petit village situé au Nord de Pointe Noire, au Congo Brazzaville. Dès le 16ème siècle, le port de Loango est une plaque tournante du commerce d'esclaves. Cette période sombre a influencé la morphologie des lamellophones locaux, qui présentent une forme de bateau.

 

 

 

 

Kisansi et mucapata

2 sanza chopi mozambique (4).JPG

Ces deux instruments du peuple Chokwe, d'Angola, se sont développés au contact du mbira. Ils étaient utilisés pour soutenir les porteurs et éclaireurs lors de longues expéditions, d'Angola jusqu'au Mozambique. Le kisani est souvent orné de beaux motifs géométriques. Le mucapata est devenu rare. Il rappelle l'instrument décrit par Livingstone lors de ses expéditions.

 

Bibliographie :

Le blog de Boulanger  https://africamusica01.wordpress.com et https://www.pinterest.com/sanzafrancois/collection-de-sanza-fran%C3%A7ois, qui fournit de plus amples informations sur la provenance des instruments avant leur arrivée dans la collection Boulanger-Bouhière.

Saskia Willaert, guide non publié de l'exposition 'Tuned Raindrops', MIM Bruxelles, Septembre - Décembre 2005

Françoise Barrier, "François Boulanger. Chronicle of a Sanza Collector", Tribal Art Magazine, 2011, p. 120-121: http://www.tribalartmagazine.com/issue-60-sample-20

"'Sanza'. Exposition des lamellophones de la collection F. & F. Boulanger-Bouhière", exhibition catalogue, Bruneaf, Bruxelles, 8-12 June, 2011

"Sanza: African Thumb Pianos from the Collections of F. & F. Boulanger-Bouhiere, musée royal de l'Afrique centrale et mim", catalogue de l'exposition, MIM Phoenix, Arizona, 2012

Media