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galoubet et tambourin

aérophone

Les Finlandais ont le kantele, les Slovaques la fujara, les Ukrainiens la bandura, les Trinitéens le steel pan et les Écossais la cornemuse. Dans tous les cas, ces instruments populaires ont acquis le statut d'emblème de leur pays.

L'emblème musical de la Provence est plutôt la combinaison de deux instruments, le galoubet et le tambourin, autrement dit de la flûte à une main et du tambour. Ce duo inséparable est joué par un seul et même musicien : le galoubet est tenu par la main gauche, tandis que le tambourin, accroché à l'avant-bras gauche, est joué par la main droite. Pratiquer ce type de jeu d'ensemble se dit tutu-panpanner dans la langue populaire provençale, d'après l'onomatopée traduisant le tutu de la flûte et le panpan du tambour.

Le galoubet est une variété de flûte à bec - l'air est dirigé sur un biseau ou labium via un conduit dans le bec - mais contrairement à la forme la plus répandue de la flûte à bec, le galoubet ne compte que trois trous de jeu, deux sur le dessus de l'instrument et un trou de pouce. Cela vient du fait que quand on souffle plus fort, la flûte à une main passe à la quinte supérieure (de do à sol, par exemple), puis à la quarte supérieure, puis encore à la tierce majeure et à la tierce mineure (pour obtenir, par exemple, -mi-fa).

L'association du galoubet et du tambourin remonte au milieu du XIIIe siècle. Au Moyen-Âge, on la rencontre à travers toute l'Europe occidentale. Les joueurs sont surtout demandés lors des mariages et des bals. Après 1650, en maints endroits, galoubet et tambourin disparaissent de la circulation. Ils demeurent cependant en faveur dans certaines régions d'Angleterre, d'Espagne, du Portugal, des Pyrénées françaises, ainsi qu'en Amérique latine.

À partir du milieu du XVIIe siècle, les Français considèrent de plus en plus le galoubet et le tambourin comme une spécialité typiquement provençale. Dans les alentours d'Aix-en-Provence et de Marseille, ce sont les instruments attitrés tant des cortèges et farandoles, que pour la danse lors des noces, des carnavals et des fêtes patronales. La mode pastorale du XVIIIe siècle hisse le galoubet et le tambourin, durant quelques décennies, vers les cercles plus huppés de la Cour de France, tout comme la vielle à roue et la cornemuse.

Une période de déclin commence à la Révolution française. Si la tradition se maintient dans et autour de villes comme Aix, Marseille, Toulon et Draguignan, ailleurs, le galoubet et le tambourin subissent la concurrence des nouveaux instruments de cuivre. Un changement de cap intervient en 1854 avec la fondation du Félibrige. Le Félibrige est une école littéraire qui se mue en un important mouvement régionaliste, promouvant tout ce qui est typiquement provençal, comme la langue et les traditions. Le galoubet et le tambourin sont évidemment concernés.

Le galoubet exposé au mim, tourné dans du buis, porte l'estampille « Long ». On sait seulement de ce Long qu'il était installé à La Ciotat, une station balnéaire située près de Marseille. L'instrument a probablement été fabriqué vers 1850. En 1883, Ludovic de Lombardon écrit que Long est le Guarnerius de la facture du galoubet, tandis que Grasset, un contemporain de Long, en est le Stradivarius. Ludovic de Lombardon (1839-1917), Marseillais et comte de Montézan, était un tambourinaire (joueur de galoubet-tambourin) réputé et un collectionneur d'instruments provençaux. Il est possible que Victor-Charles Mahillon, conservateur du mim, ait acquis l'instrument par l'intermédiaire de Lombardon, dans la période 1898-1912.

C'est à peu près à la même époque que le mim achète deux tambourins, dont un exemplaire est exposé. Portant le numéro d'inventaire 2285, mesurant près de 80 cm de haut pour un diamètre de 40 cm, il possède toutes les caractéristiques de la facture classique du tambourin. Le fût en noyer comporte une décoration typique avec ses guirlandes torsadées, disposées verticalement et en alternance droites ou ondulées. Une fine cordelette est tendue sur la peau de frappe, faisant ainsi office de timbre. La baguette est appelée masseto en provençal.

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joueurs de galoubet et tambourin en Provence