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flûte à bec soprano

aérophone

B. Reich, Allemagne (?), début du XVIIIe siècle (inv. 2642-01).

Après plus de trente ans, une flûte à bec des collections du mim refait surface. Fabriquée au début du XVIIIe siècle, probablement en Allemagne ou aux Pays-Bas, ses premières années d'existence demeurent floues. On sait juste qu'elle a été jouée de manière assez intensive, comme en témoignent les traces de jeu laissées par les musiciens qui lui ont insufflé vie. Après une carrière musicale sans doute bien remplie, elle accède au rang d'objet de collection, mais son parcours reste singulier. Dans la seconde moitié du XIXe siècle, elle devient la propriété du Renaisien César Snoeck (1832-1898), dont la collection d'instruments de musique est considérée en son temps comme l'une des plus importantes d'Europe. En 1898 et 1899, cette collection réputée est dispersée, mais une partie non négligeable est acquise par le mim en 1908, grâce au mécène Louis Cavens (1850-1940). Dans le catalogue descriptif réalisé par Victor-Charles Mahillon (1841-1924), premier conservateur du musée, la flûte à bec Reich reçoit le numéro d'inventaire 2642. Exposée au Conservatoire durant plusieurs décennies, elle disparaît mystérieusement en 1980.

On ne connaît évidemment pas son trajet en détail à partir de cette date, mais elle aurait rapidement été revendue « en stoemeling » sur le marché aux puces de la Place du Jeu de Balle. Enfin, un beau matin de septembre 2010, elle réapparaît comme par enchantement sur le site web d'une célèbre salle de ventes londonienne. Heureusement pour le mim, une fiche d'inventaire avec photo a été soigneusement conservée : c'est elle qui permettra d'authentifier l'instrument, grâce à sa description et à une image - en noir et blanc mais précise - montrant clairement la disposition des veines du bois, les petits défauts et accidents dans la matière, les détails d'usure, etc. La vente est bien sûr annulée et contact est pris avec le vendeur par le service juridique du musée. L'instrument, en tant que bien issu d'une collection publique, est considéré comme inaliénable et n'est pas soumis aux règles de prescription. Il doit donc être restitué, sans rachat, même dans le cas où son dernier détenteur est réputé de bonne foi. Après quelques semaines, la flûte est finalement rapatriée au mim, via l'antenne bruxelloise de la salle de ventes.

Cet épisode au dénouement heureux prouve l'importance des normes de conservation et de sécurité aujourd'hui en vigueur au mim comme dans tout musée qui se respecte, mais aussi le caractère primordial d'un bon inventaire des objets de son patrimoine. La criminalité dans le domaine des objets d'art et de collection a été et reste une réalité et trop de spécimens de toutes sortes attendent encore de retrouver leur place au sein de leur lieu de conservation. Un rapide coup d'œil dans la rubrique « Stolen Works of Art » du site web d'Interpol (http://www.interpol.int/Crime-areas/Works-of-art/Works-of-art) ou sur la page dédiée aux instruments disparus du mim (http://www.mim.be/fr/instruments-disparus-ou-voles) vous en convaincra.

Notre flûte à bec voyageuse est construite en deux sections : outre la tête, le corps et le pied ne forment qu'une seule partie. Elle est munie de sept trous frontaux et d'un trou de pouce au dos de l'instrument. Le pied est percé de deux trous de jeu à la même hauteur, ce qui permettait de jouer l'instrument avec la main droite positionnée en haut ou en bas, à une époque où le doigté n'était pas standardisé. Le trou non utilisé - ici le gauche - devait être rebouché avec de la cire. Durant ses années passées extra-muros, la flûte a fort heureusement été bien entretenue et même maintenue en état de jeu sans altération de son état. Dès lors, il a été décidé de procéder à un court enregistrement qui permet d'apprécier ses réelles qualités sonores.

L'origine exacte du facteur B. Reich est inconnue et très peu de ses instruments sont parvenus jusqu'à nous. Outre le mim, seuls les musées instrumentaux de Berlin et de Leipzig en possèdent à leur inventaire. Les rares instruments conservés témoignent en tout cas d'une excellente facture.

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Images: 
flûte inv.2642-01 vue de façe
flûte inv.2642-01 vue de dos
détail de la flûte inv.2642-01 (signature Reich)