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cor Chaussier

aérophone

Le cor « Chaussier » est un cor muni de pistons développé par le corniste Henri Chaussier (1854-1914) à la fin des années 1880 et fabriqué par la firme française Millereau. Le mim possède dans ses collections le seul exemplaire connu de ce type de cor.

Techniquement, le cor Chaussier est dit « omnitonique ». Cela signifie qu’il peut jouer dans toutes les tonalités sans avoir recours aux tons de rechange, ces petits bouts de tube formant des rallonges à l’instrument. Il est né en France à une époque où le cor à pistons et le cor naturel – sans pistons – étaient encore en concurrence et possédaient autant de défenseurs que de détracteurs. Dans les faits, le cor à pistons était alors largement joué, au grand dam des tenants de la tradition de la sonorité « authentique » du cor naturel dont Chaussier faisait partie. Le cor omnitonique est en fait un instrument hybride puisqu’il peut être joué à volonté comme un cor naturel en utilisant les notes harmoniques, et ce dans tous les tons, et comme un cor à pistons de manière tout à fait chromatique. En théorie, le système Chaussier était applicable à tous les instruments à vent. L’instrument conservé au mim possède quatre pistons : deux descendants (allongeant la colonne d’air) et deux ascendants (raccourcissant la colonne d’air).

Fabriqué sur les idées de Chaussier par François Millereau, le cor Chaussier est présenté à l’Exposition universelle de Paris en 1889 mais n’y obtient aucune récompense ; Victor-Charles Mahillon, premier conservateur du mim, qui y officie alors en tant que membre du jury, s’est vu offrir l’opuscule de Chaussier expliquant son système. Même si Henri Chaussier ne ménage pas ses efforts pour faire accepter son invention, celle-ci ne parviendra jamais à la postérité. De nouveaux doigtés assez compliqués et des lacunes de justesse lorsque l’instrument est joué de manière chromatique – ce que Mahillon ne manque pas de souligner dans son catalogue – empêcheront ce type de cor d’être adopté. Le cor à pistons en fa sera, lui, toujours de plus en plus utilisé, au détriment du cor naturel qui ne reviendra en grâce que lors du renouveau de la musique ancienne à partir du milieu du XXe siècle.

Le mim a été impliqué dans le projet de recherche suisse de la Hochschule der Künste (Forschungsschwerpunkt Interpretation) de Berne, en mettant à disposition des chercheurs un instrument rarissime pour lequel Camille Saint-Saëns a composé son fameux Morceau de concert. Le but de la recherche – initiée en 2009 et intitulée Das Cor Chaussier, Französische Hörner zwischen Natur- und Ventilinstrument in der 2. Hälfte des 19. Jahrhunderts – était notamment d’effectuer une copie parfaitement exacte de l’instrument et d’en explorer le répertoire et son interprétation.

L’histoire méconnue du système Chaussier est en tout cas intéressante car elle témoigne des efforts fournis par des musiciens, inventeurs ou facteurs d’instruments pour tenter de faire progresser l’art musical. Toutes les inventions nouvelles et les améliorations apportées aux instruments existants n’ont pas toujours rencontré le succès espéré mais certaines méritent qu’on s’y intéresse à nouveau. Dans le cas présent, des enseignements sont à tirer, tant sur le plan de la facture instrumentale que de la pratique musicale et de l’interprétation.

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"Chaussier" hoorn inv.1312
Uit : H. Chaussier, Notice explicative sur les nouveaux instruments, Parijs 1889
Uit : H. Chaussier, Notice explicative sur les nouveaux instruments, Parijs 1889