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bandonéon

aérophone

Le bandonéon fait partie de la grande famille des accordéons. Toutefois, contrairement aux accordéons chromatiques et diatoniques un peu mieux connus, il ne dispose pas de boutons ou de touches d'accords pour la main gauche. Les boutons du bandonéon, comme ceux du concertina, commandent uniquement des notes individuelles. Seules des combinaisons de touches permettent à l'instrumentiste de jouer des accords. Le bandonéon se distingue encore par un soufflet beaucoup plus long, et par des flancs presque carrés, aux angles souvent biseautés.

Le bandonéon doit son nom à Heinrich Band (1821-1860). Marchand d'instruments et professeur de musique à Krefeld, ville allemande de Rhénanie du Nord-Westphalie, Band apporte dès les années 1840 plusieurs améliorations au Konzertina allemand, dont il augmente sensiblement l'étendue. Il donne à son invention le nom de Bandonion. L'instrument devient rapidement l'un des plus populaires à travers toute l'Allemagne, avant de céder du terrain, au cours du siècle passé, face à l'accordéon, plus facile à jouer.

Entre-temps, les marins et les émigrants européens emportent le bandonéon avec eux vers l'Amérique du Sud. L'instrument se découvre alors une nouvelle patrie dans les bistrots des ports de Buenos Aires (Argentine) et de Montevideo (Uruguay), précisément là où naît le tango, à l'aube du XXe siècle. Le bandonéon s'impose d'ailleurs très vite comme l'instrument emblématique de l'orchestre de tango, l'orquesta típica.

Cet exemplaire de marque AA est issu de la manufacture d'Alfred Arnold, située à Carlsfeld, un village des Monts-Métallifères de Saxe, à quelques kilomètres de la frontière tchèque. Alfred Arnold (1877-1933) y fonde sa fabrique en 1911, en association avec son frère. Leur père Ernst Louis possédait déjà, depuis 1864, une manufacture d'accordéons qui, après sa mort en 1910, allait être dirigée par un autre de leurs frères, Ernst Hermann. Près de 30 000 bandonéons sortiront des ateliers d'Alfred Arnold à destination de l'Argentine et de l'Uruguay. La production s'arrête en 1948, lorsque l'entreprise est expropriée par les autorités est-allemandes.

D'après son numéro de série, ce bandonéon a plus que probablement été construit en 1929. Du côté gauche, il est muni de 33 boutons - 31 bisonores et 2 unisonores - et, sur son flanc droit, de 28 boutons bisonores et 10 unisonores. « Bisonore » signifie que l'on peut produire deux notes différentes selon que l'on pousse ou que l'on tire le soufflet, tandis que les boutons « unisonores » n'émettent qu'une seule et même note, quel que soit le mouvement du soufflet. Cet exemplaire est un modèle haut-de-gamme Premier, muni des meilleures lames de toute la production AA. Issu de l'héritage du virtuose Alfredo Marcucci (Buenos Aires, 1929 - Hasselt, 12 juin 2010), ce bandonéon était son instrument favori vers la fin de sa vie.

C'est dans sa ville natale qu'Alfredo Marcucci reçoit ses premières leçons de son oncle Carlos. Son talent est rapidement reconnu. Dès les années 1950, il sillonne le monde comme bandonéoniste dans divers orchestres de tango argentins réputés. Il œuvre ensuite durant une quinzaine d'années en tant que musicien et arrangeur au sein de Los Paraguayos, un groupe folklorique sud-américain mondialement connu, dont le siège est basé en Belgique. Voilà comment Alfredo Marcucci débarque un jour à Anvers. En 1976, il décide de mettre un terme aux trop longues périodes passées loin de chez lui, et il raccroche son bandonéon. Il doit alors, pour subsister, se reconvertir en concierge dans une usine de lampes. Quelques années plus tard, en 1982, un chanteur-guitariste argentin vivant à Louvain - Juan Masondo - retrouve sa trace. Masondo se produit à cette époque en duo avec un autre chanteur-guitariste, Dirk Van Esbroeck (1946-2007), qui a passé toute sa jeunesse en Argentine. Les duettistes réussissent finalement à convaincre Alfredo de reprendre du service au bandonéon pour former ensemble Tango al Sur, un trio qui se transforme au fil des ans en sextuor. Alfredo Marcucci rejoint ensuite d'autres groupes, comme Veritango, avec lesquels il connaît le succès jusqu'à son dernier soupir.

Le bandonéon de prédilection de cet artiste exceptionnel a été légué par l'État argentin au mim ce 10 décembre 2010, à l'occasion du 200e anniversaire de l'indépendance de l'Argentine.

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Alfredo Marcucci, copyright Dree Peremans / Uitgeverij EPO
Alfredo Marcucci, copyright Rainer Scheu
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