Print

Altérateurs de timbre des cordophones

Depuis 2010, le projet de recherche “Altérateurs de timbre des cordophones” est en cours de réalisation au mim. Financé par la Politique Scientifique et dirigé par Saskia Willaert, ce projet mené par Stéphanie Weisser étudie les dispositifs qui, sans être actionnés directement par le musicien pendant le jeu, modifient considérablement le timbre des sons produits. Ces altérateurs de timbre se retrouvent dans toutes les aires culturelles et sur des instruments appartenant à toutes les familles organologiques.

Pour les cordophones (ou instruments à cordes), les altérateurs existent (ou ont existé) dans la plupart des régions du monde, y compris en Occident. L’effet produit par les altérateurs peut être très divers : le son peut devenir « grésillant », extrêmement résonant ou encore être transformé à un point tel qu’il semble être produit par une trompette ! Ceci indique que la manière d’envisager le son peut beaucoup changer : si, dans la musique « classique », les sons clairs et non bruités sont privilégiés et considérés comme « beaux », c’est loin d’être une généralité !

Les altérateurs de timbre se classent en général en deux catégories : les altérateurs de vibration et les instruments secondaires. Les altérateurs de vibration ne produisent pas de son supplémentaire et – comme leur nom l’indique – modifient la manière dont la corde vibre, et donc le son qu’elle produit. Les dispositifs de cette catégorie sont surtout localisés près du chevalet (ou plus rarement près de la tête de l’instrument). Parmi les instruments à altérateurs de vibration, on peut citer le chevalet large et légèrement courbe jiwari des instruments à cordes indiens (comme par exemple le sitar, la tampura, la vina et bien d’autres), le chevalet large et les morceaux de cuir du bagana d’Ethiopie, le chevalet en roseau de l’obokano  du Kenya… et les harpions des harpes occidentales du Moyen-Age et de la Renaissance !

Les instruments secondaires, contrairement aux altérateurs de vibration, produisent du son par eux-mêmes, qui vient donc « s’additionner » au son de (la) corde(s). Dans cette catégorie, on trouve les instruments à cordes sympathiques, cordes qui ne sont pas actionnées par le musicien mais bien par la transmission des vibrations des cordes de jeu. Le sarangi indien (3 cordes de jeu et près de 30 cordes sympathiques), le hardingfele norvégien et la viole d’amour européenne (18ème siècle) en sont équipés. Dans la catégorie des cordophones à instruments secondaires, il faut également mentionner la trompette marine, un instrument équipé d’un chevalet semi-mobile qui, entraîné par le mouvement de la corde, percute la table de nombreuses fois par seconde. Ces chocs réguliers produisent un effet sonore très proche de celui qui se produit dans un son de trompette.

Ce projet se caractérise la volonté d’intégrer la dimension du sonore en général et du timbre en particulier à la recherche organologique. Cette étude multidisciplinaire des altérateurs de timbre des cordophones permet aussi de mettre en lumière certaines caractéristiques universelles de la manière dont musiciens, facteurs et auditeurs gèrent - ou ont géré - la dimension du timbre des cordophones. Après tout, comme l'avait déjà noté Pierre Schaeffner en 1936, le grésillement du contour du son des instruments africains n’est peut-être pas si éloigné des ornements ou agréments de la musique pour clavecin de la France des 17ème et 18ème siècles !

Dans le cadre de ce projet, plusieurs missions de recherche ont été menées, notamment à l’étranger : Ethiopie, Inde et Kenya. Plusieurs participations à des conférences internationales ont été effectuées, et plusieurs articles ont été publiés.

Media
Images: 
Les deux chevalets courbes du luth indien sitar. Le chevalet supérieur est local
Dominic Ogari, facteur et musicien, ajuste les cinq morceaux de roseau qui const