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Accordéon Verhasselt

aérophone

L'accordéon arrive en Belgique vers 1830, peu après avoir été introduit à Paris. La plus ancienne image belge d'un(e) accordéoniste date de 1839. Il s'agit du portrait d'une jeune fille par l'artiste-peintre Prosper Dumortier (Tournai, 1805 - Bruxelles, 1879). La fillette tient sur ses genoux un accordéon très simple, probablement un instrument pour enfant de facture française.

En 1840, l'histoire de l'accordéon belge est définitivement lancée. Dès janvier, la première d'une série d'annonces paraît dans La Revue musicale belge : « Leçons et cours d'Acordéon (sic), donnés par M. Verrasselt (sic), répétiteur à l'École de musique religieuse, petite rue des Dominicains, 22, à Bruxelles [...]. On trouve chez le professeur des méthodes et de la musique pour accordéon, ainsi qu'un dépôt d'instruments ». En mars de la même année, le journal fait savoir que le sieur Verhasselt vient de publier sa propre méthode pour l'instrument. Le numéro 22 de la (petite) rue des Dominicains, à quelques pas de la Monnaie, peut donc être considéré comme le lieu de naissance de l'accordéon en Belgique. Et c'est de cet endroit que vient précisément notre instrument du mois.

Sur l'étiquette imprimée du soufflet, on peut lire F. Verhasselt / Professeur. / Facteur d'instruments. / Rue des Dominicains 22, Bruxelles. A l'intérieur de l'instrument, une signature manuscrite sur le sommier donne les mêmes informations : Fr. Verhasselt, facteur et / professeur, rue des Dominicains 22 à Bruxelles. Il s'agit par conséquent de l'un des tout premiers accordéons belges. C'est aussi le plus raffiné des trois instruments de Verhasselt conservés au mim. Les délicates incrustations en alliage de cuivre et les têtes de lion en nacre des touches mélodiques sont particulièrement belles. Les deux autres accordéons Verhasselt du mim proviennent respectivement de la même adresse (inv. 1981.001) et du numéro 15 de la Vieille Halle aux Bleds (Blés), une petite place au cœur de Bruxelles où Verhasselt s'installe en 1843 (inv. 1991.067).

Verhasselt se qualifie de « facteur », ce qui ne veut pas nécessairement dire qu'il fabrique lui-même l'intégralité de ses accordéons. Tout comme ses collègues parisiens, il doit probablement assembler ses instruments à partir de pièces qu'il se procure auprès d'ateliers spécialisés. Verhasselt se consacre aussi à la facture d'une autre nouveauté de l'époque, l'instrument à anches libres (ou anches battantes) appelé orgue expressif ou harmonium. En outre, il vend presque tous les types d'instruments, s'ils sont fabriqués ou assemblés ou non dans son atelier.

À l'instar de tous les accordéons les plus anciens, cet instrument est bisonore, ce qui signifie que chaque touche ou clef produit deux sons ou deux accords différents : un lorsque le soufflet est poussé, l'autre lorsqu'il est tiré. Sur ces premiers accordéons, tant le double rang de touches mélodiques que les clefs d'accompagnement se trouvent du même côté du soufflet. Il y a deux clefs d'accompagnement : une donnant deux notes de basse et une donnant deux accords. De l'autre côté du soufflet ne se trouve qu'une soupape. Contrairement aux accordéons plus tardifs, ces instruments n'étaient pas tenus à l'horizontale, mais avec le clavier dirigé vers le haut. La main en position supérieure joue donc la mélodie et l'accompagnement, tandis que la main en position inférieure ne s'occupe que du soufflet et de la soupape.

Ces accordéons précoces à la finition luxueuse avaient leur place dans les salons des plus nantis. Ils étaient les attributs typiques des musiciens dilettantes. Ce ne sera qu'une quarantaine d'années plus tard que - dans une nouvelle configuration plus accessible - l'accordéon deviendra un instrument véritablement populaire (voir l'instrument du mois de février 2015).

Le mim a pu faire l'acquisition de cet instrument exceptionnel en 2016. Alors que pratiquement tous les autres instruments conservés de Verhasselt ont été trouvés près de Bruxelles, cet instrument provient étrangement d'un vide grenier des environs de Saint-Jean-de-Soudain (département de l'Isère, France), lieu de résidence du vendeur.

Un rafraîchissement complet et la reconstruction de certaines parties manquantes ont redonné à l'instrument sa splendeur originelle.

Wim Bosmans

(traduction Géry Dumoulin)

Bibliographie

Beryl Kenyon de Pascual, 'Painting of a Child with an Accordion by Prosper Dumortier', dans RIdIM/RCMI Newsletter, XX/2 (1995), p. 64-66.

Hubert Boone, L'accordéon et la basse aux pieds en Belgique. Louvain, Peeters, 1993.

Paul Raspé, « Verhasselt, François », dans Malou Haine & Nicolas Meeùs (ed.), Dictionnaire des facteurs d'instruments de musique en Wallonie et à Bruxelles du 9e siècle à nos jours. Liège/Bruxelles, P. Mardaga, 1986, p. 439-441.

La Revue musicale belge, 1 (1840).

 

Media
Images: 
Prosper Dumortier, Jeune fille avec petit accordéon, 1839
Accordéon, François Verhasselt, Bruxelles, 1840-1842
Accordéon, François Verhasselt, Bruxelles, 1840-1842
Accordéon, François Verhasselt, Bruxelles, 1840-1842 (avant restauration)
Accordéon, François Verhasselt, Bruxelles, 1840-1842 (avant restauration)
Accordéon, François Verhasselt, Bruxelles, 1840-1842 (avant restauration)
Accordéon, François Verhasselt, Bruxelles, 1840-1842 (avant restauration)
Accordéon, François Verhasselt, Bruxelles, 1840-1842 (avant restauration)
Accordéon, François Verhasselt, Bruxelles, 1840-1842 (avant restauration)
Accordéon, François Verhasselt, Bruxelles, 1840-1842 (après restauration)
Accordéon, François Verhasselt, Bruxelles, 1840-1842 (après restauration)
Accordéon, François Verhasselt, Bruxelles, 1840-1842 (après restauration)
Accordéon, François Verhasselt, Bruxelles, 1840-1842 (après restauration)
Accordéon, François Verhasselt, Bruxelles, 1840-1842 (après restauration)
Accordéon, François Verhasselt, Bruxelles, 1840-1842 (après restauration)
Accordéon, François Verhasselt, Bruxelles, 1840-1842 (après restauration)
Accordéon, François Verhasselt, Bruxelles, 1840-1842 (après restauration)
Accordéon, François Verhasselt, Bruxelles, 1840-1842 (après restauration)